Climat-Québec | Semaine pluvieuse du 28 juin au 4 juillet 2009
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Semaine pluvieuse du 28 juin au 4 juillet 2009

Au cours des derniers jours de juin et des premiers jours de juillet l’est ontarien et le Québec furent affectés par un système dépressionnaire quasi-stationnaire qui déversa de 60 à 130 mm de pluie en une semaine. Cette pluie eut plusieurs impacts : accidents de la route, inondations (endommageant routes, ponts et sous-sols de maisons), hausse dramatique des débits de rivières, vacanciers forcés de changer leurs plans et plusieurs événements sportifs et culturels annulés ou reportés.

Le système météo à l’origine de cette séquence pluvieuse commença à affecter l’ouest du Québec le dimanche 28 juin alors qu’il n’était pas encore stationnaire. Le lundi 29 juin ce système devint quasi-stationnaire sur l’extrême est ontarien (près du Témiscamingue), puis complètement stationnaire du 1er au 3 juillet sur la région de Vaudreuil-Soulanges, à l’ouest de Montréal. Enfin, le samedi 4 juillet le système se remis en marche vers l’est puis un front froid associé marqua la fin des précipitations (en fin de journée dans le sud puis au cours de la nuit du 4 au 5 dans l’est du Québec). La carte ci-dessous montre les accumulations de pluie du dimanche 28 juin 08 :00 HAE au dimanche 5 juillet 08 :00 HAE, soit sur 7 jours (168 heures).

Accumulation de pluie sur 168 heures

(Source : Analyse CAPA, Service Météorologique du Canada, Environnement Canada)

Selon cette analyse, le cumul maximal de pluie pour cette période fut de 115 mm dans la région de Charlevoix. Près de 100 mm de pluie sont aussi tombé sur la Mauricie et la région de Parent. Dans l’ensemble, la chaîne Laurentienne au complet, l’Estrie ainsi qu’une partie des Bois-Francs reçurent entre 70 et 100 mm de pluie. Par ailleurs, selon des observations non-officielles, certaines régions auraient reçu près de 140 mm sur la semaine complète; ce qui est plausible compte tenu des orages fréquents pendant cette période. Les orages étant, par nature, localisés (quelques kilomètres) peuvent ne pas avoir enregistré de pluie aux stations.

Sur la base des relevés officiels, une séquence de 7 jours consécutifs avec plus de 115 mm de pluie connait une récurrence maximale de 1 fois aux 40 ans au Québec, et ce, aux stations où de telles occurrences ont déjà été observées. Une telle récurrence est jugée rare sans toutefois être exceptionnelle (Note : Cette statistique a été calculée sur les mois de juin à août seulement puisqu’en septembre et octobre de grosses accumulations de pluie peuvent être engendrées par des restants d’ouragan.). À titre indicatif, voici les 5 plus grosses accumulations sur 7 jours au Québec:

Accumulation (mm) Station Dates
225 Cap-Rouge* 9-15 août 1912
196 Donnacona 11-17 août 1943
173 St-Michel-des-Saints 11-16 juillet 1984
157 Brome 16-22 juin 1930
150 St-Jérôme 12-18 juin 1998

* La station de Québec, elle, a reçu 209 mm durant cet épisode.


Causes

Du 28 juin au 5 juillet la circulation en altitude fut partiellement voire complètement « bloquée » sur l’est ontarien et l’ouest québécois. En général l’air en altitude circule d’ouest en est avec des ondulations ("crêtes" et "creux" en altitude), ce qui entraine les systèmes météo en surface à se déplacer et non à stagner. Mais de temps à autres des centres de basse ou de haute pression en altitude se ferment et deviennent bloqués, favorisant la stagnation du système en surface. Ainsi, des zones ou bandes de pluie peuvent tourner sur place et affecter les mêmes régions pendant plusieurs jours. Les images ici-bas montrent les « lignes de courant » en altitude pour le 30 juin, le 1er et le 2 juillet à l’heure 00 UTC (20 :00 HAE). On appelle ces lignes des « hauteurs géopotentielles », soit l’altitude (en décamètres) à laquelle on retrouve un niveau de pression fixe, en l’occurrence le niveau de pression 500 hPa. On voit que plusieurs de ces lignes formaient effectivement des cercles fermés sur l’est ontarien et le sud-ouest québécois.

Hauteur géopotentielle à 500 hPa le 30 juin

Hauteur géopotentielle à 500 hPa le 2 juillet

Hauteur géopotentielle à 500 hPa le 1er juillet


Les blocages atmosphériques varient grandement en nombre selon la longitude. Ils sont très fréquents aux longitudes 0 et 180E où il y a de 10 à 25 blocages par année, et peu fréquents aux longitudes 100E et 80W où il n’y a que 5 blocages par an en moyenne*. De plus, ils se produisent plutôt aux latitudes élevées (au-dessus de 50N dans l’hémisphère nord).

Selon cette climatologie, le Québec (longitude 70W) se trouve très près d’un des minima d’occurrence de blocage. En été, à cette longitude, la moyenne est de 0.5 blocages par an, ce qui signifie 1 blocage par 2 étés en moyenne, tandis qu’elle est de 2 blocages en hiver, 2 au printemps et 0.5 à l’automne. C’est le troisième blocage atmosphérique affectant le Québec cet été, le premier étant survenu le 2-3 juin et le deuxième blocage le 22-23 juin (sur la côte est américaine dans ce deuxième cas). Le diagramme temporel ici-bas montre un indice de blocage calculé à partir des observations selon la longitude. La ligne rouge représente le centre du Québec (long 70W). On voit qu’elle recoupe trois taches jaunes identifiant les trois blocages sur le Québec depuis le début de l’été (à 500 hPa).

Gradient géopotentiel méridional

Source :

L’été 2008, quand à lui, avait connu trois blocages très rapprochés de la fin juillet à la mi-août (soit les 22-25 juillet, 2-4 août et 9-11 août), ce qui avait donné du temps nuageux, frais et pluvieux pendant plusieurs jours.

Le blocage actuel est non-seulement inhabituel parce qu’il s’ajoute aux deux autres survenus depuis le début de l’été (alors que la climatologie est de moins d’un blocage par été), mais aussi parce que cela fait deux étés consécutifs qui cumulent trois blocages (en date du 7 juillet 2009).

* Moyennes de 1948 à 2002 (55 ans) utilisant les réanalyses NCEP et l’indice de blocage « TM90 » sur 5 jours consécutifs et 3 deg de longitude. Source : Barriopedro et al. 2007. A Climatology of Northern Hemisphere Blocking. Journal of Climate.

Impacts de la pluie

Voici une revue de quelques impacts de la pluie par secteur d’activité.

Accidents :

5 juillet, 13 :00 HAE, route 138 (km 434) à Petite-Rivière-Saint-François: Accident dû à la pluie impliquant six voitures et ayant fait 13 blessés

Infrastructures :

1er juillet, Lanaudière : 50 maisons inondées à Notre-Dame-des-Prairies et rue affaissée à Entrelacs à la suite du débordement d’un ruisseau (Ministère de la Sécurité Publique du Québec)

30 juin, route 138 à l’est de Baie-Trinité (Côte Nord): ponceau emporté et chaussée brisée

Agriculture :

Estrie : Culture et récolte des fraises affectées par la pluie

Pire année depuis 20 ans pour les producteurs de fraises et framboises selon Louis Gosselin, président des producteurs de fraises et de framboises du Québec. Récolte de 30% seulement des quantités de fraises habituellement récoltées à ce temps si de l’année.

Evénements :

4-6 juillet, Bromont : La foire artistique annuelle en plein air « Bromont en Art » a connu la pire année depuis 11 ans.

Sherbrooke : Championnat nord-américain de balle-molle (« Classique Pif ») très affectée par la pluie: annulation de match et pertes financières

Trois-Rivières : Championnat québécois de tennis : matchs déplacés et remis.

4 juillet, Québec : Spectacle multimédia extérieur avec l’OSQ annulé.

5 juillet, Québec : Spectacle en plein air du Cirque du Soleil perturbé.

4 juillet, Drummondville : Annulation des compétitions de voiture.

Environnement :

Niveaux et débits d’eau: Le débit de plusieurs rivières au cours des 4, 5 et 6 juillet a été très proche, ou a dépassé, les records historiques. Seules les rivières de la Gaspésie et de la Côte Nord, où il n’a pas autant plu, n’ont pas connu de hausses très élevées. Le tableau ci-dessous illustre quelques nouveaux records de débit de rivières.
Source

Rivière Dates Années de référence
Rivière-du Nord 1 au 4 juil 1971-2007
Rouge 4 au 5 juil 1970-2004
St-François 5 juil 1970-2004
Eaton 4 au 5 juil 1970-2004
Yamaska 5 juil 1994-2004
Mastigouche 2 juil 1995-2005
Matawin 4 au 5 juil 1970-2006
Ste-Marguerite 5 au 6 juil 1998-2005
Chaudièree 5 juil 1971-2004
Etchemin 4 au 5 juil 1980-2004
Des Escoumins 4 juil 1992-2005
Godbout 2 et 5 juil 1974-2005

Feux de forêt : Avant la séquence pluvieuse de la fin juin, 51 feux étaient en activité sur le territoire surveillé par la Société de Protection contre les Feux de forêt (SOPFEU). Le 7 juillet, plus aucun feu n’était en activité et toutes les interdictions de feu à ciel ouvert étaient levées. Feux de forêt

Fermeture de plages publiques à Sherbrooke dû au fort lessivage des sols par la pluie. :

Rue effondrée

Source : Ministère de la Sécurité Publique du Québec

Circonstances aggravantes et contexte

Au cours des trois jours précédant l’événement actuel (25, 26 et 27 juin), il y eut des orages sur plusieurs régions au Québec. À Québec et dans les Laurentides au nord de Montréal, c’est 60 à 70 mm de pluie qui s’accumula du 25 au 27 juin, tandis qu’en Beauce et à Trois-Rivières c’est entre 50 et 60 mm qui s’accumula. La population eut alors l’impression d’une vague sans fin de jours pluvieux. Les niveaux de certaines rivières étaient donc déjà en hausse avant cet événement.

Par ailleurs, ce qui contribua à l’amplification des impacts est le moment de l’année où survint cet événement, soit au début de la période des vacances estivales, et le fait que l’été précédant (été 2008) avait connu un nombre anormalement élevé de jours avec pluie en juillet et août (dû, entre autre, aux blocages mentionnés). Les gens avaient donc encore à l’esprit des vacances estivales partiellement, ou complètement, à « l’eau ».